Heppines is cheap
Seule-en-scène musical de et avec Angélique Zaini
Quête de soi et karaoké
La double culture. L’Indonésie. La transmission familiale. Des stratégies pour combler les silences. Le chant comme vecteur de lien.
Le spectacle en résumé :
La comédienne franco-indonésienne, née en France, convie le public à une soirée karaoké et profite de ce moment festif pour partager avec le public ses difficultés à vivre sa double-culture et les stratégies qu’elle met en place pour les surmonter. Cette tentative publique de réconciliation avec ses origines est l’occasion de rendre visibles des thèmes souvent invisibilisés dans la société : la question du métissage et la communauté asiatique, mais aussi de rendre un hommage tout personnel à un pays dont on parle peu en France, l’Indonésie.
Par le karaoké, le public est lui-même invité à faire de ce « je » du récit un « nous ». Chanter ensemble pour s’emparer joyeusement et collectivement de cette question universelle de la quête de soi.
Calendrier de création
(Le texte est en cours d’écriture. Fin d’écriture prévue pour septembre 2026.
- Du 17 au 21 mars 2025 : Résidence d’écriture – Maison Poème / Bruxelles
- Du 14 au 22 avril 2025 : Résidence de recherche avec sortie de résidence – Gare Saint-Sauveur / Maison Folie Wazemmes / Lille
- Du 8 au 10 septembre 2025 : Résidence de recherche – Maison des Métallos / Paris
- Du 30 septembre au 5 octobre 2025 : Résidence d’écriture Village d’auteurs / Plounéour-Brignogan-Plages (29)
- Du 17 au 29 novembre 2025 : deux semaines de résidence et ateliers avec sortie de résidence – Bibliothèques de Pantin et Centre culturel Nelson Mandela (93)
- Du 20 au 24 avril 2026 : Résidence d’écriture avec restitution publique lors de l’événement « Au plus près de la braise » du Collectif la Palmera / Plounéour
- Du 20 au 22 mai 2026 : Résidence avec restitution publique – Maison des Métallos
- Du 7 au 11 septembre 2026 : Résidence de création 1 – La Ferme Corsange / Bailly- Romainvilliers (77)
- Du 9 au 14 novembre 2026 : Résidence de création 2 – Théâtre de Vanves (92)
- Du 14 au 19 décembre 2026 : Résidence de création 3 – ZEF / Marseille
- Début janvier 2027 : Résidence de création 4 – (lieu à définir)
- 26 mars 2027 : Création à la Ferme Corsange (2 préachats )
- Semaine du 26 avril 2027 : 2 dates au Théâtre de Vanves (92) (2 – 3 préachats)
- Juin 2027 : 1 date au Festival Tel Quel du Collectif La Palmera / Plounéour
Coproduction Théâtre de Vanves
Genèse du projet
« Tu viens d’où ? »
Je suis hantée depuis de nombreuses années par ma légitimité à dire que je suis d’origine indonésienne. Je dirais que cela remonte à mes 20 ans. A cette époque, les gens ont commencé à faire des remarques sur mon physique : « Tu viens d’où ? ». Je répondais : « De banlieue parisienne ». Ils riaient, incrédules et insistants. Mon père est indonésien, mais je ne me souviens pas que cela ait compté dans la manière dont je me suis construite. Vers 20 ans, à travers le regard des autres, j’ai commencé à regarder mon père autrement.
Mon père ne nous a pas transmis sa culture, à mon frère, ma sœur et moi. Je ne parle pas la langue, ou du moins si mal. Quand on me demandait de quelle origine j’étais, j’avais presque honte de dire « indonésienne » … Jusqu’à ce voyage en Indonésie en septembre 2023.
Le voyage
Je suis allée rendre visite à ma famille pour la quatrième fois. Un voyage différent des autres. J’en suis revenue changée, véritablement transformée de l’intérieur. La question de la légitimité n’existait plus. J’avais été accueillie à bras ouverts par ces personnes que je connaissais de vue, dont je me souvenais vaguement, par certaines dont j’ignorais même l’existence. Nous nous étions étonnamment manquées. J’osais leur poser des questions, ma famille répondait, me racontait des histoires. Me faisait me sentir l’une des leurs.
Le chant tient un rôle décisif dans la façon dont nous avons immédiatement recréé du lien.
Baignée dans la musique classique par ma mère et dans la musique anglo-saxonne par mon père, je chante depuis que je suis toute petite. J’ai appris seule, en cachette, timide, persuadée que personne ne pouvait m’entendre.
Ma famille en France aime chanter. Je découvre en septembre 2023 que ma famille en Indonésie adore ça, improvise des karaokés en voiture, en rentrant de soirée, sort pour voir des concerts dans des centres commerciaux. Elle m’encourage à chanter partout, tout le temps, des chansons pop majoritairement, succès internationaux ou indonésiens.
En rentrant, la question de la légitimité s’efface pour laisser place à d’autres interrogations. J’ai compris que je pouvais user d’autres biais pour me réapproprier cette part manquante en moi, plutôt que de poser des questions à mon père qui ne reçoivent pour seule réponse que colère ou silence. Que je pouvais transformer ma propre colère en compréhension. Et cette compréhension en spectacle.
Le karaoké
Pour moi, le karaoké est une grande joie de la vie.
Ce que je préfère, c’est repérer dans chaque nouvelle ville les endroits de karaoké, les bars surtout, avec leurs habitué.es.
Je me souviendrai toujours de ce jour où avec des ami.es nous sommes tombée.es sur un bar rempli de gens qui se connaissaient. Lorsque l’un d’entre eux a choisi de chanter « L’Envie d’aimer », issue de la comédie musicale Les Dix commandements, ils se sont tous pris dans les bras, dans un même élan d’amour. Ce n’est pas une musique que j’écoute d’habitude, mais peu importait la chanson, le moment était tout simplement beau.
Il règne au karaoké cette ambiance joyeuse qui a également été celle de mon dernier voyage et de cette humeur si propre aux Indonésien.nes.
J’ai effectué mon stage de 3ème à la délégation indonésienne à l’Unesco où travaillait mon père. Un jour, je suis entrée dans une salle où les employés étaient réunis autour de l’Ambassadeur, quelle surprise de les voir tous rire à gorges déployées! Je garde cette image comme symbole de cette joie de vivre à l’indonésienne.
La musique m’a réconciliée avec cette part éloignée de moi-même. Le chant a créé du lien et du sens, simplement, joyeusement.
Après mon voyage, l’évidence était donc née : créer un spectacle qui reflèterait ce soulagement, cet apaisement, où l’on se reposerait un peu de la quête en chantant des chansons.
Note d'intention
Vivre sa double culture
Heppines is cheap est une exploration du métissage*. Un témoignage.
Mon expérience du métissage est celle-ci : je me suis toujours sentie française et j’ai longtemps souffert terriblement de ne pas me sentir indonésienne.
Quand il y a eu manquement dans la transmission d’une culture lointaine et qu’il n’est pas possible d’interroger son propre parent, comment accéder à cette part qui nous manque ?
Je suis une femme métisse, en lutte longtemps avec sa part asiatique mais qui aujourd’hui veut affirmer sa double culture.
Ce spectacle veut mettre en avant le chemin et le travail à accomplir pour déjouer les silences et les doutes, et les nouvelles interrogations et prises de conscience que cela ouvre. Se chercher, c’est aussi se décentrer et s’apaiser.
Il racontera les difficultés rencontrées mais également le voyage libérateur que j’ai fait en Indonésie il y a deux ans.
Nourri des entretiens que j’ai menés avec des personnes partageant la même problématique, le spectacle s’organisera également autour des thématiques suivantes qui reflètent les différentes stratégies que j’ai adoptées pour tenter de me réapproprier ma double culture :
– La langue.
– Histoire de l’Indonésie et colonisation. Mon père a connu la colonisation néerlandaise et l’occupation japonaise pendant la seconde guerre mondiale.
– Immigration et intégration. Appréhender mon père comme un immigré naturalisé français parti de son pays il y a plus de 60 ans.
– Faire communauté. J’ai à cœur de mettre en avant une communauté très souvent invisibilisée, la communauté asiatique, et un pays dont on parle peu.
Ce changement de paradigme apporté par le voyage permettra aussi de s’interroger sur ce qui fait transmission.
Un tableau personnel et intime de l’Indonésie
Mon père vient de l’île de Java. L’Indonésie est un grand pays, un archipel composé de nombreuses îles, cultures et langues différentes.
L’Indonésie qui sera racontée dans Heppines is cheap sera celle de mon expérience. Elle sera faite de sensations, de souvenirs et de connaissances consciemment ou inconsciemment glanées au cours de ma vie, et principalement à travers la culture javanaise.
Identité et loyautés aux parents
Au-delà de la question spécifique et personnelle de la double culture, c’est plus globalement la question de la construction de sa propre identité qui est au cœur de Heppines is cheap. Comment se construit-on dans la loyauté à ses parents ? Jusqu’où respecter leur silence ? Comment faire la part des choses entre ce qui leur appartient et ce qui nous revient ? Peut-on s’emparer de leur histoire pour avancer et construire notre propre histoire ?
Souvenirs et identités
La construction de son identité est aussi une histoire qui s’écrit de soi à soi. J’ai souffert d’une certaine perception de moi-même. De quoi est constitué ce narratif qui est la façon dont je me raconte ma vie et qui est à la base de ce spectacle ? Pendant ma quête, j’ai été troublée par tous les endroits de manque, de perte de mémoire, de souvenirs approximatifs, de réminiscences qui m’on fait douter de la lecture de ma propre vie ou regarder autrement des interprétations d’événements que je considérais comme acquises. Heppines is cheap est aussi un voyage dans une pensée en construction qui questionne l’identité comme une entité mouvante.
Le karaoké
Cette quête personnelle que je veux partager ne peut se raconter sans musique. Le chant est constitutif pour moi de mon identité au même titre que mon métissage. Chanter devant les autres, c’est aussi une façon d’assumer d’être soi-même et de s’exprimer.
Le dispositif du karaoké permet de casser le quatrième mur. C’est une invitation pour les spectateurices à partager cette question universelle de la quête de soi. En partageant mon histoire, j’invite le public à s’interroger sur la leur.
Le choix de la musique – bien qu’il soit le reflet de ma propre expérience – participe à cette volonté de partage. Le genre musical sur lequel se concentrera le spectacle sera majoritairement la musique pop, qu’elle soit internationale, française ou indonésienne, pour tenter de trouver des références communes.
Le chant collectif aussi est un moyen de réunir les contraires – chanter en famille la même chanson de Queen ou d’Elvis Presley en France et en Indonésie permet de réunir deux pays radicalement différents.
Les chansons jalonnent nos vies. Elles écrivent avec nous nos souvenirs, les ravivent, et nous aident à mieux nous connaître. Elles peuvent parfois avec la plus grande justesse traduire ce qui nous traverse. Dans Heppines is cheap, elles auront également cette fonction-là.
* L’utilisation de ce terme est sujet à discussion. Cf Podcast Kiffe ta race, « Métissage, l’histoire en héritage »
Collaboration artistique : Julie Fonroget
Création vidéo : Julie Pareau
Création sonore : Pierre Tanguy
Création lumière : Romain Ratsimba
Scénographie : Salma Bordes
Costumes : Julie Dhomps
Arrangements des chansons : Nabila Mekkid & Jules Lefrançois
Le projet est lauréat 2025 de la Bourse Première Fois de l’ADAMI.
